vendredi 8 mai 2026

De la stupidité

Prosopopée de l’idiotie


Le crétinisme ne vous appelle-t-il pas ?

La bêtise n’élève-t-elle pas la voix ?

Sentez-les vibrer contre votre peau,

Entendez leur chant dans chaque bureau ;

Depuis leurs beaux studios

D’où ils vous font la cour,

Tous les pimpants appeaux

Vous tiennent ce discours :

Ami, communions dans la joie !

Suis-moi, je te montre la voie.

Simples ! À vous l’incompétence !

Savants ! Apprenez l’ignorance !

Je viens pour prononcer des discours nébuleux,

Suivez ce que vous dit mon palais sinueux ;

La vérité se noie dans mes raisonnements,

Et le mal devient bien par mes détournements.

Chaque mot que je dis est une chausse-trape,

Chacun de mes effets est un mal qui vous ronge

Et quand vous me suivez, la vie n’est plus qu’un songe

Cachant un cauchemar qui vous prend et vous happe.

Suivez la voie de l’or et non pas du savoir :

Devenir comme moi est votre seul espoir.

La bêtise vaut mieux que la folle espérance

Pour avoir une place et en tirer jouissance.


Éloge de la bêtise par elle-même


Moi , la stupidité, j’habite vos écrans,

C’est là que j’accomplis la volonté des grands.

Je maîtrise tout l’art de la génuflexion

(Vos maîtres vous veulent dociles et abjects).

Rien ne vaut à mes yeux les parvenus infects

Exigeant des petits l’absolue soumission.

À moi appartiennent la vanité hautaine,

La lâcheté contente au sadisme joyeux

Qui sont le fondement du tortionnaire heureux,

Pinacle reconnu de la bassesse humaine.

Par moi règnent les rois,

Ceux qui disent le droit,

Les petits chefs stupides

Et les nervis avides.

J’aime celui qui aime

Le mépris que je sème

Pour tout ce qui est haut,

Sain, suave, doux, beau.

J’offre à mes serviteurs la richesse et la gloire,

Un renom sans égal dans les livres d’histoire

Pour une vie passée à se remplir les poches

Et à se vénérer au milieu des bamboches.


La stupidité émancipatrice


Adam m’a enfantée dès son apparition

Et Ève m’a bercée dès sa première action.

Ma force a augmenté,

À chaque nouveau-né

Et ma puissance a cru

Quand est née la tribu.

Le déluge m’a nui mais je vous manquais tant

Que vous avez donné votre Dieu contre un veau

Afin de m’adorer dans un monde nouveau

Et d’offrir vos enfants aux servants du satan.

La hiérarchie tribale accroissait ma puissance

Et celle du clergé la rendait plus profonde

Et bientôt les crétins possédèrent le monde

Et trouvèrent un roi pour m’en donner jouissance.

Puis vint le temps béni de l’administration

Qui conduisit le peuple au hangar pour la tonte

Et les plus beaux d’entre eux au palais pour la monte

Et les plus révoltés au lieu de castration,

Puis vint le joyeux temps

Des peuples libérés

Qui pour être brimés

Choisirent mes enfants.

Bâton du maréchal, sceptre du dirigeant,

Grade du petit chef, insigne du truand,

Je règne sans partage à la tête de ceux

Qui sont tellement cons qu’ils se veulent des dieux.


L’invite suprême


Si vous ne m’aimez pas, prenez-vous en à vous :

C’est vous qui d’âge en âge élisez dans vos rangs

La plus vile canaille et les pires brigands ;

C’est vous qui parmi vous choisissez tous ces poux.

Dieu vous l’avait bien dit mais nul n’est aussi bête

Que le crétin fini qui n’en fait qu’à sa tête.

Heureux donc l’imbécile

Qui œuvre à ma grandeur :

À vous la vie servile,

Le travail et la peur ;

À lui la joie futile,

L’orgueil et la hauteur.


Note : Ce texte est essentiellement inspiré du livre des Proverbes (6).

 

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