- Mon âme est triste à en mourir ;
demeurez ici et veillez.
- Soit, Seigneur, vous pouvez partir.
Nous allons veiller et prier.
- Ajoutons une bûche ou deux,
j’ai un peu froid en cette nuit.
- Tu l’as bien dit, par mes aïeux !
Et puis veiller, mais quel ennui !
- Je me demande ce qu’il fait.
Pourquoi a-t-il dû s’éloigner ?
- J’ai vu qu’il avait l’air défait :
cela, je peux en témoigner.
- Pourquoi ne l’as-tu pas suivi ?
Tu aurais pu nous raconter !
- Si c’est ce que tu veux, vas-y :
moi, j’ai des moutons à compter.
- Là, tu plaisantes, n’est-ce pas ?
Nous l’avons tous bien entendu !
- Mais bien sûr ! Qu’est-ce que tu crois ?
Si je dors, que je sois pendu !
Ce serai trahir notre maître,
et je ne suis pas un Judas :
jamais je ne serai un traître,
je ne suis pas fait de ce bois.
- Il suffit ! Prions en silence :
c’est cela qu’il attend de nous.
- Toi, ne ramènes pas ta science !
Tu sais bien pleurer à genoux,
mais quand il faut bosser un peu,
ça ne sert à rien de t’attendre.
- J’en ai assez, de votre jeu !
Vous l’avez dit, il faut attendre ;
que chacun reste dans son coin,
vous vous chamaillerez demain.
- Simon, tu dors ? Tu n’as pas eu
la force de veiller une heure ?
- Alors, Simon, t’étais fourbu ?
« Moi, si je m’endors, que je meure ! »
On t’a tous entendu jurer !
Comme un Romain, tranche tes veines
ou bien pends-toi à l’olivier :
cela mettra fin à tes peines.
- Remue le couteau dans la plaie,
fais toi plaisir, mon bien cher frère !
Il paraît juste que je paie
pour t’avoir critiqué naguère.
Ma langue court souvent bien vite,
plus vite que moi en tout cas
et un rusé démon m’habite
lorsque je joue le fier à bras.
- C’est pas tout ça, mais que fait-on ?
Je veux veiller mais j’ai sommeil.
- Trouvons vite une solution,
parce que pour moi c’est pareil.
- Essayons donc une chanson !
Moi, cela me tient éveillé.
- Je vais tomber en pâmoison
si jamais je t’entends chanter.
- Ce n’est pas possible, les gars,
de cesser là nos pitreries ?
Il souffre et nous n’arrêtons pas
de raconter des conneries !
- Dis-nous, Simon, ce qu’il faut faire,
toi qui as compris avant nous.
- Il faut commencer par se taire
et puis prier avec l’Époux.
- Voilà qui est facile à dire,
mais en pratique j’ai du mal.
De tous, je ne suis pas le pire,
mais je suis juste un gars normal.
- S’il avait voulu des héros,
il aurait choisi des héros ;
si nous sommes comme nous sommes,
c’est parce qu’il voulait des hommes.
Note : En écrivant ce court poème dramatique qui fait suite au poème « Mystère » présent sur ce blog, j’avais sous les yeux une traduction de l’Évangile selon Saint Marc, 14, 32-40 (Bible de Jérusalem, CERF, 2011). Les passages en italiques sont des citations.
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