samedi 17 octobre 2026

De monts en vaux

 

J’ai percé quelques trous tout le long de mon âme,

Et puis une embouchure à son extrémité

Pour aller mon chemin de village en cité

En jouant sous la nue ce que chante la flamme.


En réponse à mes airs, on me montrait du doigt,

Ou bien on m’ignorait en se frottant la panse ;

Parfois on s’arrêtait pour plaindre ma démence

Mais la foule exigea un rappel à la loi.


Un bien aimable agent me proposa un bœuf

Avec d’autres vauriens recueillis par la ville

Mais ne voulant troubler un endroit si tranquille,

J’allais dans les faubourgs m’y faire cuire un œuf.


Inspiré par François, je gagnais la décharge

Et cherchais des corbeaux pour leur jouer un morceau

Mais un gardien rustaud m’en chassa tout de go

Et, dégoûté de tout, je pris enfin le large.


Je traversais les prés pour gagner les fourrés

Et jouer aux animaux ce que chante la flamme

Mais chaque mâle était en quête de sa dame

Et tous me montrèrent le chemin des forêts.


À peine y étais-je qu’un pompier m’arrêta :

« Que viens-tu faire ici, surtout avec ta flamme ?

Veux-tu faire brûler ce cervidé qui brame ?

Circule, va-nu-pieds, va-t’en chercher un toit. »


De fil en aiguille, je gagnais l’océan

Et jouais tristement pour le vent et les vagues,

Mais le froid me frappait du piquant de ses dagues

Et la mer ressemblait à un grand trou béant.


Soudain je m’avisais qu’assis là sur le sable,

Un être m’écoutait en pleurant doucement

Et tandis que la nuit l’enlaçait tendrement,

Je m’assis moi aussi et jouais pour le diable.

 

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samedi 10 octobre 2026

Tube 39 - version sombre

 

(Chant du Shéol)


J’ai dit :  « Je me tairai,

Point ne protesterai

Tant que le mal régnera, Seigneur

Ma voix, nul ne l’entendra. »


En moi, le feu flambait,

Mon cœur se consumait ;

La rage me dévora, Seigneur

Et me détourna de Toi.


« Bien courts Tu fis mes jours,

Bien brèves mes amours :

Juste le temps d’un combat, Seigneur,

Et puis la vie me tuera.


Que reste-t-il, Seigneur,

Au serviteur qui meurt ?

Mon espoir était en Toi, Seigneur,

Il ne me reste que moi.


Sous tes coups, j’agonise

Et chacun me méprise ;

Anéanti par ta loi, Seigneur,

Il ne reste rien de moi.


Entends ma voix qui crie

Et mon cœur qui supplie !

Pitié, abandonne-moi, Seigneur,

Tourne ces yeux qui me broient. »



Note : Dans la première version, j’avais édulcoré la sombre dépression qui caractérise le texte du psalmiste ; d’autre part, je n’avais pas compris le rôle du « Lonla » dans la chanson « Aux marches du palais ». J’ai essayé de corriger ces défauts ici. Comme la précédente version, celle-ci peut être chantée sur l’air de la dite chanson ; toutefois, elle nécessiterait sans doute un air plus âpre que je ne pense pas être capable de composer.

 

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lundi 5 octobre 2026

Tube 137 (136) - remix

 

Mon calame accroché à une branche basse,

Assis sur un rondin, je vois le long ruban

De l’autoroute grise onduler souplement

Entre les murs feuillus qu’il couvre de sa crasse.


Derrière moi s’étend une forêt profonde

Peuplée de sangliers, de pies et d’écureuils,

De pigeons, de mulots et de quelques chevreuils

Issus de la beauté de la terre féconde.


Et soudain mon geôlier me demande un poème

Parlant de ces beautés qu’il est venu détruire

Afin de régaler ceux qui aiment conduire

Entre les souvenirs de ce monde que j’aime.


Comment chanterais-je la générosité

De Dieu qui a donné aux hommes cette terre

Aux amants de la mort qui Lui est étrangère

En souillant sa bonté de leur rapacité ?


Alors je chante Dieu, le Seigneur des Armées,

Père de la justice à la lente colère

Qui viendra parmi nous pour y faire la guerre

Aux graines de la mort que nous avons semées.

 

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vendredi 2 octobre 2026

Mystère : quelques dialogues

 

- Mon âme est triste à en mourir ;

demeurez ici et veillez.

- Soit, Seigneur, vous pouvez partir.

Nous allons veiller et prier.


- Ajoutons une bûche ou deux,

j’ai un peu froid en cette nuit.

- Tu l’as bien dit, par mes aïeux !

Et puis veiller, mais quel ennui !

- Je me demande ce qu’il fait.

Pourquoi a-t-il dû s’éloigner ?

- J’ai vu qu’il avait l’air défait :

cela, je peux en témoigner.

- Pourquoi ne l’as-tu pas suivi ?

Tu aurais pu nous raconter !

- Si c’est ce que tu veux, vas-y :

moi, j’ai des moutons à compter.

- Là, tu plaisantes, n’est-ce pas ?

Nous l’avons tous bien entendu !

- Mais bien sûr ! Qu’est-ce que tu crois ?

Si je dors, que je sois pendu !

Ce serai trahir notre maître,

et je ne suis pas un Judas :

jamais je ne serai un traître,

je ne suis pas fait de ce bois.

- Il suffit ! Prions en silence :

c’est cela qu’il attend de nous.

- Toi, ne ramènes pas ta science !

Tu sais bien pleurer à genoux,

mais quand il faut bosser un peu,

ça ne sert à rien de t’attendre.

- J’en ai assez, de votre jeu !

Vous l’avez dit, il faut attendre ;

que chacun reste dans son coin,

vous vous chamaillerez demain.


- Simon, tu dors ? Tu n’as pas eu

la force de veiller une heure ?


- Alors, Simon, t’étais fourbu ?

« Moi, si je m’endors, que je meure ! »

On t’a tous entendu jurer !

Comme un Romain, tranche tes veines

ou bien pends-toi à l’olivier :

cela mettra fin à tes peines.

- Remue le couteau dans la plaie,

fais toi plaisir, mon bien cher frère !

Il paraît juste que je paie

pour t’avoir critiqué naguère.

Ma langue court souvent bien vite,

plus vite que moi en tout cas

et un rusé démon m’habite

lorsque je joue le fier à bras.

- C’est pas tout ça, mais que fait-on ?

Je veux veiller mais j’ai sommeil.

- Trouvons vite une solution,

parce que pour moi c’est pareil.

- Essayons donc une chanson !

Moi, cela me tient éveillé.

- Je vais tomber en pâmoison

si jamais je t’entends chanter.

- Ce n’est pas possible, les gars,

de cesser là nos pitreries ?

Il souffre et nous n’arrêtons pas

de raconter des conneries !

- Dis-nous, Simon, ce qu’il faut faire,

toi qui as compris avant nous.

- Il faut commencer par se taire

et puis prier avec l’Époux.

- Voilà qui est facile à dire,

mais en pratique j’ai du mal.

De tous, je ne suis pas le pire,

mais je suis juste un gars normal.

- S’il avait voulu des héros,

il aurait choisi des héros ;

si nous sommes comme nous sommes,

c’est parce qu’il voulait des hommes.



Note : En écrivant ce court poème dramatique qui fait suite au poème « Mystère » présent sur ce blog, j’avais sous les yeux une traduction de l’Évangile selon Saint Marc, 14, 32-40 (Bible de Jérusalem, CERF, 2011). Les passages en italiques sont des citations.

 

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mardi 22 septembre 2026

Averse

 

Comme la pluie tintinnabule

Sur les cloches des campanules,

Une procession de chenilles

Se rassemble sous les jonquilles ;

Des vers émergent de la terre

Gras des morts de ce cimetière.


Comme le nuage s’épuise

Au son des griffes qu’on aiguise,

On voit émerger des ramures

Les museaux de cent créatures

Et l’on entend dans les charmilles

Les passereaux pousser des trilles.


Comme le temps se fait aimable,

Les animaux s’écrient « à table ! » ;

Du plus doux chasseur de brins d’herbe

Au prédateur le plus acerbe,

Chacun cherche sa nourriture

Parmi les dons de la nature :


Mangeurs et mangés se rassemblent

Formant le plus charmant ensemble...

 

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mercredi 16 septembre 2026

Tube 39 (38)

 

(38 bis, Avenue du Ciel)


J’ai dit :  « Je me tairai,

Jamais ne parlerai

Tant que le mal sera devant moi,

Ma voix, nul ne l’entendra. »


En moi, le feu flambait,

Mon cœur se consumait

Et ma bouche s’ouvrit pour prier :

« Je T’en supplie, Majesté !


Bien courts Tu fis mes jours,

Bien brèves mes amours,

Nous vivons tous le temps d’un soupir :

Juste né, il faut mourir.


Que reste-t-il, Seigneur,

Au serviteur qui meurt ?

Toute mon espérance est en Toi,

Mon Dieu, sauve-moi de moi !


Sous tes coups, j’agonise

Et chacun me méprise ;

Tu m’as montré mon néant, Seigneur,

Et je survis dans la peur.


Entends ma voix qui crie

Et mon cœur qui supplie !

Laisse-moi arriver à bon port

Avant l’heure de ma mort. »



Note : Ce poème s’est principalement abreuvé à deux sources : le psaume 39 (Bible de Jérusalem, CERF, 2011) et la chanson « Aux marches du palais ».

 

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mercredi 9 septembre 2026

Des amants du néant

 

Les amants du néant ont tous de grands miroirs

Afin d’y admirer la splendeur de leurs dieux

Ils voient dans leurs regards l’immensité des cieux

Et dans celui de Dieu les desseins les plus noirs


Les amants du néant se masturbent souvent

En pensant aux bienfaits qu’ils prodiguent au monde

L’amour de leur bonté de plaisir les inonde

Et pour eux le prochain n’est qu’un grand trou béant


Les amants du néant se rient des imbéciles

Qui recherchent dans l’autre une vision de Dieu

Car pour eux leur grandeur est ce qui en tient lieu

Et les joies de la vie leur paraissent futiles


Les amants du néant ont souvent des enfants

Qu’ils sculptent patiemment pour qu’ils soient leur image

Ils ne cherchent en eux que leur propre visage

Et vomissent leur bile en les voyant vivants


Les amants du néant ont monté une église

On y vient à genoux parmi un monde fou

Elle n’est nulle part mais se trouve partout

Et chacun sent sur lui le poids de son emprise


Les amants du néant à leur enterrement

Voient accourir en foule une horde de rats

Ils sont ensevelis au milieu des combats

Pour choisir des néants lequel deviendra grand

 

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