Si j’existe par le regard de l’autre
Et que l’autre ne me regarde pas,
Alors je n’existe pas plus que l’autre :
N’étant pas, je ne le regarde pas.
Ce non-regard le rend inexistant ;
Il s’ensuit qu’il ne peut plus me nier.
Puis-je alors être à nouveau existant
Et, irrité, prêt à le renier ?
Pour cela, il faudrait que je sois
Sans être vu de qui que ce soit
Si l’on excepte, bien sûr, moi-même
Qui serait donc un autre moi-même,
Et, pour se savoir autre, il faut de la quiétude
Car ce fait n’est perçu que dans la solitude ;
Un homme en société ne se regarde pas
Et ignore l’ennemi qui vit dans ses pas,
D’où je conclus que pour être vraiment,
Il faut d’abord savoir que l’on se ment.
Note : J’étais en train de lire L’obsolescence de l’homme de Günther Anders quand, Dieu sait pourquoi, une citation de Berkeley dans une note de bas de page a réveillé ma fantaisie ludique. Vous venez de lire l’étrange résultat de cette insomnie.
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