J’ai percé quelques trous tout le long de mon âme,
Et puis une embouchure à son extrémité
Pour aller mon chemin de village en cité
En jouant sous la nue ce que chante la flamme.
En réponse à mes airs, on me montrait du doigt,
Ou bien on m’ignorait en se frottant la panse ;
Parfois on s’arrêtait pour plaindre ma démence
Mais la foule exigea un rappel à la loi.
Un bien aimable agent me proposa un bœuf
Avec d’autres vauriens recueillis par la ville
Mais ne voulant troubler un endroit si tranquille,
J’allais dans les faubourgs m’y faire cuire un œuf.
Inspiré par François, je gagnais la décharge
Et cherchais des corbeaux pour leur jouer un morceau
Mais un gardien rustaud m’en chassa tout de go
Et, dégoûté de tout, je pris enfin le large.
Je traversais les prés pour gagner les fourrés
Et jouer aux animaux ce que chante la flamme
Mais chaque mâle était en quête de sa dame
Et tous me montrèrent le chemin des forêts.
À peine y étais-je qu’un pompier m’arrêta :
« Que viens-tu faire ici, surtout avec ta flamme ?
Veux-tu faire brûler ce cervidé qui brame ?
Circule, va-nu-pieds, va-t’en chercher un toit. »
De fil en aiguille, je gagnais l’océan
Et jouais tristement pour le vent et les vagues,
Mais le froid me frappait du piquant de ses dagues
Et la mer ressemblait à un grand trou béant.
Soudain je m’avisais qu’assis là sur le sable,
Un être m’écoutait en pleurant doucement
Et tandis que la nuit l’enlaçait tendrement,
Je m’assis moi aussi et jouais pour le diable.
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