Le ciel est déchiré tel le voile du temple
Et la nue est montée vers la voûte céleste ;
Nous écrivons nos vies sur ce grand palimpseste
Mais du fond de ce trou le vide nous contemple.
Le ciel est déchiré tel le voile du temple
Et la nue est montée vers la voûte céleste ;
Nous écrivons nos vies sur ce grand palimpseste
Mais du fond de ce trou le vide nous contemple.
Dans le jardin, il y a une souche ;
assis sur cette souche, on voit un homme ;
là, plus loin, d’autres hommes font un somme,
sourds à tous les mots qui quittent sa bouche.
Plus loin, devant un feu, on voit une femme ;
ses mains tremblent sous les coups des alarmes
serrant fort un flacon couvert de larmes ;
ses yeux brillent du reflet de la flamme.
Bien plus loin, là-bas, se trouve une ville
où l’on décide de la mort d’un être
qui a toujours refusé de paraître,
rompant la paix d’un endroit si tranquille.
À un tout autre endroit, dans un froissement d’ailes,
les anges enlacent chaque mot prononcé
par le Fils adoré venu nous annoncer
le pardon des auteurs de ses peines cruelles.
Maintenant, l’homme est à genoux,
l’assemblée tout ensommeillée ;
la femme, elle, gît prosternée,
la ville est tout emplie de nous.
À présent, l’homme est prosterné,
l’assemblée ronfle bruyamment,
la femme pleure doucement
et le jardin est bien cerné.
Derrière Judas, notre père,
nous avançons jusqu’à un arbre
mais sous nos visages de marbre
se cache un enfant qui espère.
L’homme à l’innocence coupable
nous regarde d’un air affable ;
d’un baiser sur sa lèvre aimable,
Judas vient clore notre fable.
Poésies diverses (table des matières)
Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ?
Évangile selon Saint-Jean ; 6,9.
Si j’étais, moi,
J’écrirais un poème
D’une beauté suprême
Parlant de Toi.
Si j’étais, moi,
Je remplirais des traits
Des notes d’un motet
Te chantant, Toi.
Si j’étais, moi,
Je sculpterais la terre
En forme de calvaire
Pointé vers Toi.
Si j’étais, moi,
Je jouerais des couleurs
Pour peindre le bonheur
Que Tu es, Toi.
Si j’étais, moi,
J’ornerais une église
De courbures exquises
T’évoquant, Toi.
Mais je suis moi
Et je danse ces stances
Au rythme du silence
Qui Te dit, Toi.
L'Avenue du Ciel (table des matières)
Prosopopée de l’idiotie
Le crétinisme ne vous appelle-t-il pas ?
La bêtise n’élève-t-elle pas la voix ?
Sentez-les vibrer contre votre peau,
Entendez leur chant dans chaque bureau ;
Depuis leurs beaux studios
D’où ils vous font la cour,
Tous les pimpants appeaux
Vous tiennent ce discours :
Ami, communions dans la joie !
Suis-moi, je te montre la voie.
Simples ! À vous l’incompétence !
Savants ! Apprenez l’ignorance !
Je viens pour prononcer des discours nébuleux,
Suivez ce que vous dit mon palais sinueux ;
La vérité se noie dans mes raisonnements,
Et le mal devient bien par mes détournements.
Chaque mot que je dis est une chausse-trape,
Chacun de mes effets est un mal qui vous ronge
Et quand vous me suivez, la vie n’est plus qu’un songe
Cachant un cauchemar qui vous prend et vous happe.
Suivez la voie de l’or et non pas du savoir :
Devenir comme moi est votre seul espoir.
La bêtise vaut mieux que la folle espérance
Pour avoir une place et en tirer jouissance.
Éloge de la bêtise par elle-même
Moi , la stupidité, j’habite vos écrans,
C’est là que j’accomplis la volonté des grands.
Je maîtrise tout l’art de la génuflexion
(Vos maîtres vous veulent dociles et abjects).
Rien ne vaut à mes yeux les parvenus infects
Exigeant des petits l’absolue soumission.
À moi appartiennent la vanité hautaine,
La lâcheté contente au sadisme joyeux
Qui sont le fondement du tortionnaire heureux,
Pinacle reconnu de la bassesse humaine.
Par moi règnent les rois,
Ceux qui disent le droit,
Les petits chefs stupides
Et les nervis avides.
J’aime celui qui aime
Le mépris que je sème
Pour tout ce qui est haut,
Sain, suave, doux, beau.
J’offre à mes serviteurs la richesse et la gloire,
Un renom sans égal dans les livres d’histoire
Pour une vie passée à se remplir les poches
Et à se vénérer au milieu des bamboches.
La stupidité émancipatrice
Adam m’a enfantée dès son apparition
Et Ève m’a bercée dès sa première action.
Ma force a augmenté,
À chaque nouveau-né
Et ma puissance a cru
Quand est née la tribu.
Le déluge m’a nui mais je vous manquais tant
Que vous avez donné votre Dieu contre un veau
Afin de m’adorer dans un monde nouveau
Et d’offrir vos enfants aux servants du satan.
La hiérarchie tribale accroissait ma puissance
Et celle du clergé la rendait plus profonde
Et bientôt les crétins possédèrent le monde
Et trouvèrent un roi pour m’en donner jouissance.
Puis vint le temps béni de l’administration
Qui conduisit le peuple au hangar pour la tonte
Et les plus beaux d’entre eux au palais pour la monte
Et les plus révoltés au lieu de castration,
Puis vint le joyeux temps
Des peuples libérés
Qui pour être brimés
Choisirent mes enfants.
Bâton du maréchal, sceptre du dirigeant,
Grade du petit chef, insigne du truand,
Je règne sans partage à la tête de ceux
Qui sont tellement cons qu’ils se veulent des dieux.
L’invite suprême
Si vous ne m’aimez pas, prenez-vous en à vous :
C’est vous qui d’âge en âge élisez dans vos rangs
La plus vile canaille et les pires brigands ;
C’est vous qui parmi vous choisissez tous ces poux.
Dieu vous l’avait bien dit mais nul n’est aussi bête
Que le crétin fini qui n’en fait qu’à sa tête.
Heureux donc l’imbécile
Qui œuvre à ma grandeur :
À vous la vie servile,
Le travail et la peur ;
À lui la joie futile,
L’orgueil et la hauteur.
Note : Ce texte est essentiellement inspiré du livre des Proverbes (6).
Arrivé dans le vestibule, Simon avait pris place devant un miroir pour ajuster le costume qui lui avait coûté ses derniers deniers quand un serviteur mit la main sur son épaule et lui dit à l’oreille : « Un invité plus digne que toi a besoin de ce miroir. Cède-lui la place. »
Un peu peiné, Simon s’effaça et alla se ranger dans la file des invités qui se dirigeaient vers la salle où devait avoir lieu le repas de noce. Alors qu’il se préparait à en franchir le seuil, un serviteur mit la main sur son épaule et lui dit à l’oreille : « Un invité plus digne que toi veut entrer. Cède-lui la place. »
Légèrement décontenancé, Simon se retira et, lentement, il se dirigea vers le bas bout de la file d’attente car, à chaque fois qu’il voulait la réintégrer, un serviteur venait vers lui, lui mettait la main sur l’épaule et lui murmurait à l’oreille : « Un invité plus digne que toi souhaite avancer. Laisse-lui la place. »
Il s’en alla ainsi jusqu’à la porte d’entrée et, alors qu’il prenait place sur le perron avec un grand soupir découragé par le chemin qu’il allait avoir à reparcourir, un serviteur mit la main sur son épaule et lui dit à l’oreille : « Un invité plus digne que toi souhaite entrer. Cède-lui ta place. »
Ce fut en bas du grand escalier qui menait à l’entrée que les larmes de Simon se mirent à couler. Alors qu’il extrayait de sa poche le mouchoir dont il avait pris la précaution de se munir, un serviteur mit la main sur son épaule et lui dit : « Un invité plus digne que toi a besoin de ce mouchoir. Cède-le lui. »
De fil en aiguille, pas après pas, Simon se retrouva nu devant le portail du parc entourant la maison où la fête devait avoir lieu. Découragé, il commençait à se laisser tomber sur le sol quand il sentit la main d’un serviteur se poser sur son épaule puis entendit un murmure : « Un mendiant plus digne que toi souhaite s’asseoir là. Cède-lui ta place. »
Que pouvait-il faire ? Il n’existait plus rien d’autre que la file d’attente qui s’étirait à l’infini. Seulement, à chaque fois qu’il tentait de s’y mêler, un serviteur venait vers lui, lui mettait la main sur l’épaule et lui disait à l’oreille : « Un invité plus digne que toi souhaite avancer. Cède-lui la place. »
à quelques temps de là, un invité eut besoin de son bras gauche, puis un autre du droit. Lorsque ce fut le tour de ses jambes, Simon fut abandonné là, et les invités durent le contourner pour avancer. Alors un serviteur lui dit : « Tous ces invités sont plus dignes que toi et souhaitent avancer, aussi vais-je te poser contre ce mur. »
Simon était bien au-delà des larmes, à présent. D’ailleurs, un invité avait eu besoin de ses cornées. Il ne fut même pas surpris lorsqu’il sentit la main d’un serviteur se poser sur son épaule et entendit sa voix lui murmurer : « Un invité plus digne que toi a besoin de ton cœur, et un autre de ton foie. Cède-les leur. »
En se retrouvant en Enfer, juste devant le portail, Simon découvrit avec surprise qu’il disposait d’une sorte de corps, sans doute d’apparence démoniaque. Alors qu’il se préparait à sortir en tête de la foule qui émergeait du Tartare, il sentit la main d’un serviteur se poser sur sa nouvelle épaule puis l’entendit lui dire à l’oreille : « Un invité plus digne que toi souhaite s’en aller. Cède-lui ta place. »
Pas à pas, Simon traversa ainsi tous les cercles de l’Enfer puis parvint en leur cœur, à l’entrée de la bouche du satan. Cette fois, la main ne se posa pas sur son épaule mais l’enveloppa tout entier pour l’introduire dans le gosier du maître des lieux qui le mâcha à peine avant de l’avaler.
Une fois parvenu dans l’estomac du diable, Simon se sentit saisi puis fouetté par des démons qui le forcèrent à continuer à descendre en criant : « Avance, chien ! Des aliments plus dignes que toi ont besoin de ta place. Cède-la leur. »
à marche forcée, il dévala tout l’intestin du satan, guidé dans ce voyage frénétique par des fouets, des chats à neuf queues, des martinets bardés de clous et des knouts impitoyables, entendant toujours hurler : « Circule, vermine ! Des étrons plus dignes que toi sont en train d’avancer. Laisse-leur la place. »
à la fin, il fut saisi par les muscles puissants du sphincter démoniaque puis déféqué dans la fosse d’aisance qui se trouvait sous les fesses du satan. Là, il entendit une voix d’outre-tombe lui murmurer : « Du vent, déchet. Des excréments plus dignes que toi vont tomber. Cède-leur la place. »
Rien ne saurait décrire ce que Simon ressentit en cet instant. Les seuls mots qui lui vinrent à l’esprit furent « maelström » et « ouragan », mais ils lui semblèrent bien peu adéquats, d’autant que le courant fut si fort qu’il chassa son esprit du semblant de corps qu’il occupait.
Quand tout cessa, Simon se retrouva très littéralement dans rien. Il était dans le vide ultime, là où un silence assourdissant remplit des ténèbres si sombres qu’elles en paraissent lumineuses. Dépourvu de tout, sans le moindre repère, il crut sombrer dans la folie mais, tout à coup, il lui sembla entendre une voix qui murmurait : « Un invité plus digne que toi a besoin de ton esprit. Cède-le lui. »
Note : Aussi curieux que cela puisse paraître, ce texte que je considère comme un poème en prose trouve sa source dans les Évangiles (Évangile selon Saint Luc, XIV, 7-9) et dans quelques tableaux représentant les enfers et leur plus illustre habitant.
Poèmes en prose (table des matières)
Toute souillée du levain
Des Pharisiens
Je suis sortie au matin
Ne cherchant rien
Je savais où Te trouver
En cette aurore
Car j’avais vu reposer
Ton pauvre corps
En larmes parmi mes sœurs
Tout le sabbat
J’avais pleuré mon Seigneur
Mort sans combat
Et au matin sans avoir
Rompu mon jeûne
Je poursuivis sans espoir
Le soleil jeune
Il saurait bien me guider
Malgré mes pleurs
Jusqu’à la pierre à l’entrée
De ta demeure
Mais la pierre avait roulé
Et ton tombeau
Était tout illuminé
D’un jour nouveau
Jésus, Toi que l’on crucifia
Ta tombe est vide, alléluia !
L'Avenue du Ciel (table des matières)
En vous méprisant, vous affirmez au Christ qu’il est mort pour rien.
En vous glorifiant, vous crachez sur les dons du Saint-Esprit.
En croyant vous voir avec justice, vous dites à Dieu : « Je suis Dieu. »
Que faites-vous ?