Prosopopée
de l’idiotie
Le
crétinisme ne vous appelle-t-il pas ?
La
bêtise n’élève-t-elle pas la voix ?
Sentez-les
vibrer contre votre peau,
Entendez
leur chant dans chaque bureau ;
Depuis
leurs beaux studios
D’où
ils vous font la cour,
Tous
les pimpants appeaux
Vous
tiennent ce discours :
Ami,
communions dans la joie !
Suis-moi,
je te montre la voie.
Simples !
À vous l’incompétence !
Savants !
Apprenez l’ignorance !
Je
viens pour prononcer des discours nébuleux,
Suivez
ce que vous dit mon palais sinueux ;
La
vérité se noie dans mes raisonnements,
Et
le mal devient bien par mes détournements.
Chaque
mot que je dis est une chausse-trape,
Chacun
de mes effets est un mal qui vous ronge
Et
quand vous me suivez, la vie n’est plus qu’un songe
Cachant
un cauchemar qui vous prend et vous happe.
Suivez
la voie de l’or et non pas du savoir :
Devenir
comme moi est votre seul espoir.
La
bêtise vaut mieux que la folle espérance
Pour
avoir une place et en tirer jouissance.
Éloge
de la bêtise par elle-même
Moi ,
la stupidité, j’habite vos écrans,
C’est
là que j’accomplis la volonté des grands.
Je
maîtrise tout l’art de la génuflexion
(Vos
maîtres vous veulent dociles et abjects).
Rien
ne vaut à mes yeux les parvenus infects
Exigeant
des petits l’absolue soumission.
À
moi appartiennent la vanité hautaine,
La
lâcheté contente au sadisme joyeux
Qui
sont le fondement du tortionnaire heureux,
Pinacle
reconnu de la bassesse humaine.
Par
moi règnent les rois,
Ceux
qui disent le droit,
Les
petits chefs stupides
Et
les nervis avides.
J’aime
celui qui aime
Le
mépris que je sème
Pour
tout ce qui est haut,
Sain,
suave, doux, beau.
J’offre
à mes serviteurs la richesse et la gloire,
Un
renom sans égal dans les livres d’histoire
Pour
une vie passée à se remplir les poches
Et
à se vénérer au milieu des bamboches.
La
stupidité émancipatrice
Adam
m’a enfantée dès son apparition
Et
Ève m’a bercée dès sa première action.
Ma
force a augmenté,
À
chaque nouveau-né
Et
ma puissance a cru
Quand
est née la tribu.
Le
déluge m’a nui mais je vous manquais tant
Que
vous avez donné votre Dieu contre un veau
Afin
de m’adorer dans un monde nouveau
Et
d’offrir vos enfants aux servants du satan.
La
hiérarchie tribale accroissait ma puissance
Et
celle du clergé la rendait plus profonde
Et
bientôt les crétins possédèrent le monde
Et
trouvèrent un roi pour m’en donner jouissance.
Puis
vint le temps béni de l’administration
Qui
conduisit le peuple au hangar pour la tonte
Et
les plus beaux d’entre eux au palais pour la monte
Et
les plus révoltés au lieu de castration,
Puis
vint le joyeux temps
Des
peuples libérés
Qui
pour être brimés
Choisirent
mes enfants.
Bâton
du maréchal, sceptre du dirigeant,
Grade
du petit chef, insigne du truand,
Je
règne sans partage à la tête de ceux
Qui
sont tellement cons qu’ils se veulent des dieux.
L’invite
suprême
Si
vous ne m’aimez pas, prenez-vous en à vous :
C’est
vous qui d’âge en âge élisez dans vos rangs
La
plus vile canaille et les pires brigands ;
C’est
vous qui parmi vous choisissez tous ces poux.
Dieu
vous l’avait bien dit mais nul n’est aussi bête
Que
le crétin fini qui n’en fait qu’à sa tête.
Heureux
donc l’imbécile
Qui
œuvre à ma grandeur :
À
vous la vie servile,
Le
travail et la peur ;
À
lui la joie futile,
L’orgueil
et la hauteur.
Note :
Ce texte est essentiellement inspiré du livre des Proverbes (6).
Table des contre-essais
Sommaire du blog