samedi 14 mars 2026

esse est percipi

 

Si j’existe par le regard de l’autre

Et que l’autre ne me regarde pas,

Alors je n’existe pas plus que l’autre :

N’étant pas, je ne le regarde pas.


Ce non-regard le rend inexistant ;

Il s’ensuit qu’il ne peut plus me nier.

Puis-je alors être à nouveau existant

Et, irrité, prêt à le renier ?


Pour cela, il faudrait que je sois

Sans être vu de qui que ce soit

Si l’on excepte, bien sûr, moi-même

Qui serait donc un autre moi-même,


Et, pour se savoir autre, il faut de la quiétude

Car ce fait n’est perçu que dans la solitude ;

Un homme en société ne se regarde pas

Et ignore l’ennemi qui vit dans ses pas,


D’où je conclus que pour être vraiment,

Il faut d’abord savoir que l’on se ment.


Note : J’étais en train de lire L’obsolescence de l’homme de Günther Anders quand, Dieu sait pourquoi, une citation de Berkeley dans une note de bas de page a réveillé ma fantaisie ludique. Vous venez de lire l’étrange résultat de cette insomnie.

 

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