En passant sur le pont, tu vois les voies ferrées
S’étirer tout le long des quais bordés de rues
Et les murs de béton qui contiennent les crues
Des flots de voyageurs qui en vagues serrées
Déferlent pour se perdre au hasard du courant
Qui parcourt tous les fils tendus au dessus d’eux
Comme un vaste filet barrant l’entrée des cieux :
C’est là le chérubin au glaive fulgurant
D’un monde ravagé par sa propre sottise
Et dont la liberté est la pire hantise
Qu’il fuit en enfermant la vie dans son néant.
Et pourtant, et pourtant, tu te prends à rêver
En contemplant ces voies qui mènent vers l’ailleurs
La horde des maudits mués en voyageurs
Filant entre les murs qui vont les endiguer
Jusqu’à une autre gare et à un autre mur
Qui peut-être offrira une issue vers le jour
Ou bien une fenêtre ouverte sur l’amour
Ou encore un galion en route vers l’azur.
Tu rêves comme passe un vieux train tout poussif
Que pousse une motrice au bord de rendre l’âme
Baignant dans les relents d’une fumée infâme
Qui répand alentours la puanteur du suif.
Qui sait jusqu’où iraient tes pas dans cette ruine ?
Le bruit du vieux moteur qui toussote et qui fume
A pour toi les accents d’une corne de brume.
Tandis que ton regard cherche à percer la bruine,
Lentement ton esprit t’arrache à cette horreur :
Là-bas, très loin là-bas, il y a l’horizon
Et ensuite un jardin et plus loin ta maison…
Comme un petit enfant, tu souris de bonheur.
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