jeudi 16 janvier 2020

231 bis, Avenue du Ciel


Tel un prince endormi menacé d'une fronde,
Un touriste parfois quitte son hébétude
Et secoue sa torpeur pour tenter d'en sortir.

Tout son être avili par la lèpre du monde
Se tord pour échapper à la douce quiétude
Du songe merveilleux qui vient pour l'engloutir.

Il palpe sa personne et gémit dans la nuit
Quand son corps couturé de mille cicatrices
En quête de plaisir rencontre la douleur.

Les loisirs inventés pour tromper son ennui,
Les appétits sans frein qui faisaient ses délices,
Sans le fouet du désir ont la saveur des pleurs.

Rongé par la santé, tout son monde bascule :
La maladie perdue a enfin dénudé
La souffrance cachée sous un cuir de goret.

De l'aube de l'Eden jusqu'à son crépuscule,
Il cherche le chemin qu'il avait éludé ;
Tournant le dos au monde, il va vers la forêt.


Note :
La métaphore de la maladie inversée n'est pas originale : elle a été empruntée à un texte du Majjhima nikaya (pardon pour l'orthographe) lu dans le recueil de traductions proposées par Thanissaro Bikkhu sur le site « dhammatalks.org », Handfull of Leaves. C'est un extrait du Magandiya Sutta. On peut aussi le lire intégralement sur le site « Sutta Central », par exemple.

Il va de soi que les erreurs de compréhension et /ou d'interprétation sont miennes.





jeudi 9 janvier 2020

Maxime (Pep talk)

   Si tu as besoin de te donner du courage durant la traversée, ne te dis pas seulement que rien ne peut te protéger de la mort.
   Dis-toi aussi que même la mort ne peut pas te protéger de la vie.

mardi 17 décembre 2019

231, Avenue du Ciel

De l'aube de l'Eden jusqu'à son crépuscule
S'étire une autoroute où tous les véhicules
Klaxonnant de concert s'en vont jusqu'au péage
Pour y payer le droit d'achever leur voyage.

De l'aube de l'Eden jusqu'à son crépuscule
Serpente une rivière envahie de touristes ;
Quittant leurs vêtements, ils fuient la canicule
Et descendent les flots, mués en kayakistes.

De l'aube de l'Eden jusqu'à son crépuscule
On a tendu un fil au dessus de l'abîme ;
Des touristes joyeux y jouent au funambule
Et tombent en riant, roulant de cime en cime.

De l'aube de l'Eden jusqu'à son crépuscule
Va un petit chemin où les joggers s'élancent,
Courant après leur vie entre les hiérodules
Qui pour les saluer sanglotent en silence.

Parfois quelqu'un s'arrête et les anges frémissent :
Ils scrutent les passants, recherchent les prémices
D'un début de question en ceux qui déambulent
De l'aube de l'Eden jusqu'à son crépuscule.

Le touriste à l'arrêt, par peur du ridicule,
S'en va dans un sursaut ; tandis qu'il accélère
Les hiérodules las repartent vers leur aire
Dans l'aube de l'Eden et dans son crépuscule.

Maxime : Jour de fête

Souris et réjouis-toi car aujourd'hui est un jour de fête !
Si tu en doutes, demande-toi donc de combien de morts cette date aurait dû marquer l'anniversaire.

mercredi 30 octobre 2019

Triolites - Heurs

Heur-1

L'idée du bonheur,
Quel songe magique !
Mourons donc en son honneur.

Heur-2

Le joug du malheur
Nous fait retourner
Le champ où pousse l'erreur.

Heur-3

L'heur est un pavé,
Notre vie, la mare,
L'esprit, notre seule amarre.

mardi 29 octobre 2019

Maxime (Mammon)

Nul ne vous forcera à servir Mammon tant que vous laisserez Mammon se servir de vous.

Triolites

Espace

Du bout de ton bras
Au bout de ton bras,
Y-a-t-il du vent ou toi ?

Vie 

C'est comme un chemin
Entre deux ravins
Qui nous mène(nt) vers l'abîme.

Temps

Infime présent
Mort écartelé
Entre futur et passé.

Mort

Va toujours plus vite,
Ne t'arrête pas,
Le trépas est dans tes pas.