mardi 3 janvier 2023

Ce blog et son avenir prévisible

 

Une nouvelle année commence et il est temps pour moi de dresser un état des lieux. À l'heure actuelle, ce blog peut être qualifié de mort vivant. Il n'a jamais été lu par grand monde mais à présent, il ne l'est plus que par quelques-unes de mes relations.

En dix ans, il a été vu un peu plus de 5000 fois, le plus souvent sans doute par des bots aux entrailles remplies de spams et a reçu deux commentaires il y a fort longtemps, les deux émanant de quelqu'un que je connaissais. Je tiens à préciser que je n'ai rien bloqué : en fait, on ne m'a rien donné à bloquer ou à laisser passer. De plus, il est devenu très difficile à trouver avec le moteur de recherche utilisé dans 90% des cas par les Français. Bref, c'est un four quasi total, un échec presque complet.

Pour toutes ces raisons, j'ai décidé de continuer à y publier mes textes et envisage d'en créer un second dédié à un roman. Avec un camarade, nous avons eu pour projet il y a quelques années de créer un disque composé de chansons ayant trait à la part la plus célèbre de l’œuvre de l'auteur américain Howard Philip Lovecraft, le mythe de Cthulhu. Pour ce faire, j'avais imaginé l'embryon d'une trame narrative et écrit quelques vers. Le projet termina sa carrière dans les oubliettes mais les textes qui m'en restent sont publiés ici, quelque peu modifiés.

L'histoire ne s'arrête pas là puisque je décidais alors d'essayer de transformer la trame qui constituait la base des chansons en roman, d'abord avec le même camarade puis seul. Et là, peine perdue. Je n'y croyais pas moi-même. Je n'avais pas l'étoffe d'un romancier et il me fallait l'admettre. Adieu donc, tout rêve de respectabilité puisque les romanciers sont les princes de la littérature en France : à vrai dire, eux seuls existent aux yeux de la majorité des lecteurs.

Pourtant, tout ne s'arrête pas là non plus parce qu'il m'arrive d'être un peu têtu. J'ai donc écrit environ 130 pages composées d'à peu près 200 000 signes (doubles interlignes), ce qui doit constituer les deux premiers tiers de l'ouvrage si je m'en tiens à mon plan de travail qui, lui, est complet, c'est à dire que je sais où je vais même si je dois résoudre quelques problèmes ayant trait au comment. J'ai relu l'ensemble pour le numériser et, même s'il y reste sans doute quelques fautes, le tout me paraît présentable. Bien sûr, certains passages sont un peu laborieux et devront être retravaillés. Après tout, c'est un travail en cours.

L'histoire que je raconte et ma façon de le faire intéresseront-elles quelqu'un d'autre que moi ? C'est là toute la question. Je vais donc ouvrir un nouveau blog dont le nom sera constitué du titre du roman, « Fragments d'Innsmouth », et voir comment cela se passe en y publiant mon texte au rythme d'un chapitre et demi par semaine pour commencer (ce demi a sa raison d'être que vous comprendrez en lisant). Je pense avoir entre 0 et 5 lecteurs la première semaine et environ autant les deux suivantes mais je ne vois pas comment je pourrais en avoir moins, sauf si j'inclus les bots en tant qu'entités négatives venues de l'anti-monde. Si ce chiffre dépasse 0 et qu'il y a quelques retours intéressants, je poursuivrai la parution selon le rythme qui me paraîtra approprié tout en rédigeant la fin du roman. Sinon, je le ferai sans doute. Peut-être. Enfin, je ne sais pas vraiment et j'aviserai en fonction de ce qui m'arrivera alors.


Quant à la poésie que j'aime par dessus tout (du moins en littérature) et aux histoires courtes, je donne rendez-vous à tous mes non-lecteurs sur ce blog où ils n'iront pas afin de ne pas lire ce que j'y aurai publié.

Telles sont mes bonnes résolutions pour cette nouvelle année.


samedi 24 décembre 2022

Berceuse mortelle

 Note préalable : Ce poème offre la particularité d'avoir été écrit pour être chanté, surtout par un duo, même s'il peut bien sûr être lu normalement. Pour ce faire, j'ai adapté l'air du refrain de la célèbre  "Canchon Dormoire" d'Alexandre Desrousseaux. Il me semble que le résultat pourrait être intéressant. J'ai posté sur Youtube une vidéo indiquant l'air en question. Comme je ne suis pas chanteur, je me suis contenté d'indiquer les notes : c'est à l'éventuel interprète de décider de leur longueur, du tempo approprié, etc. L'adresse à copier dans la barre de votre navigateur est la suivante :

https://youtu.be/Bbi9ss58HBI

Je vous souhaite un joyeux Noël.


La mère :


Dors, mon bébé, dors,
Maman va t'apprendre à mourir ;
Ici on s'en sort,
Mais chaque jour est pire.

Mon bébé, sois fort,
C'est ainsi que ça va finir ;
Dors, mon bébé, dors,
Mais sois prêt à partir.

Ô, mon cher trésor,
La vie consiste à dépérir ;
C'est ton triste sort,
Dors bien pour l'adoucir.


Le père :


Dors, mon bébé, dors,
Mais prépare-toi à souffrir ;
Mon enfant, la mort
Nous tient sous son empire.

Mon bébé, sois fort,
Affronte ta vie sans gémir ;
Dors, mon bébé, dors,
Mais veille à t'aguerrir.

Ô, mon cher trésor,
Un jour il te faudra périr ;
Tel est notre sort,
Dors pour bien l'accomplir.


Ensemble :


Dors, cher bébé, dors,
Ton père et ta mère t'admirent ;
Quel que soit leur sort,
Ils vivront sans fléchir.

Grâce à toi, trésor,
Nous saurons malgré tout tenir ;
Tes parents adorent
Chacun de tes soupirs.

Face à notre mort
Nous pouvons quand même sourire :
L'amour nous rend forts
Même devant le pire.


Note finale : Merci à B.D. pour une modification bienvenue du vers 2 et quelques suggestions très utiles.


lundi 12 décembre 2022

DAFB 11 - Oniromancie

 

- J'ai rêvé du vieil homme qui donne à manger de la chair humaine aux corbeaux.

- Nulle part. Et jamais.

- Alors que voulez-vous savoir ?

- J'ai rêvé du vieil homme qui donne à manger de la chair humaine aux corbeaux.

- C'est vous qui posez les questions. Je ne fais qu'y répondre.

- J'ai rêvé du vieil homme qui donne à manger de la chair humaine aux corbeaux.

- Alors pourquoi m'interrogez-vous ? Pourquoi me posez-vous des questions, si vous ne voulez pas entendre mes réponses ?

- Je vous l'ai déjà dit. Nulle part. Jamais. C'est là que se situent les rêves et c'est bien là tout le problème. Comme ils sont nulle part et jamais, ils peuvent vous trouver partout et tout le temps.

- Je ne répondrai plus à cette question. Vous ne voulez pas connaître ma réponse.

- Il était assis sur un banc, dans un parc. Il avait posé un sac à côté de lui, l'un de ces sacs en plastique que l'on vous donnait dans les magasins, avant. Sauf que le sien était dégoûtant de sang.

- Hein ? Oh oui. Une paire de baskets, de vraies baskets, les montantes. Une culotte de jogging bleue. Bleu-marine, en fait. Un t-shirt rose pastel avec une phrase en rouge écrite dessus, devant et derrière. Une casquette de base-ball, je ne sais plus de quelle équipe. Une...

- Va te faire enculer.

- Ohé, du calme ! C'est vous qui vouliez le savoir !

- Ho... Non, vous m'avez mal compris. C'est ça qui était écrit sur son t-shirt : va te faire enculer.

- Il avait l'air d'avoir environ soixante dix, soixante quinze ans. Ses traits étaient plutôt fins et il portait une moustache blanche. Le crâne dégarni, je crois, même si je n'en suis pas sûr à cause de la casquette ; les cheveux mi-longs ramenés sur la nuque. Rien de spécial, en fait.

- C'est parce qu'il la portait à l'envers, comme certains aiment le faire.

- Et bien, de temps en temps, il mettait la main dans son sac, en tirait un bout de chair humaine et le jetait aux corbeaux qui l'entouraient.

- C'est lui que me l'a dit.

- En fait, tout ça était très bizarre, même pour un rêve. Voyez-vous, il avait l'air de bien me connaître et savait des choses sur moi, des choses que je ne vous dirai pas. Et moi, je l'ai appelé deux fois papa et une fois maman. Quand j'y repense, c'est vraiment étrange, non ?

- Je vous l'ai déjà dit. C'est pour ça que je suis parti. À cause de ce rêve. J'avais l'impression que quelque chose n'allait pas, quand je me faisais héler dans un parc public par un vieil homme qui donne de la chair humaine à manger aux corbeaux. Même en rêve. Je crois que j'étais un peu spécial, à l'époque. D'un autre côté, me direz-vous, comment aurais-je pu savoir alors ce qu'est vraiment un rêve ou à qui ils appartiennent ?


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mardi 6 décembre 2022

Évaluer ses valeurs pour vivre sa vie

 

Mes biens chers amis, je vais à présent vous annoncer une nouvelle dont j'espère qu'elle vous réjouira autant que moi. Mes chefs se sont montrés extrêmement satisfaits d'un petit essai que j'ai produit et ont décidé de le faire lire à tous les étudiants des différents séminaires de formation interne que propose notre ministère. À vrai dire – l'orgueil me guette – ils ont même décidé de le faire imprimer pour cet usage, et cela malgré tous les efforts que fait notre beau pays pour participer à la sauvegarde de l'environnement ! Mérite-t-il un tel honneur ? J'avoue l'ignorer mais j'ai confiance en mon administration ainsi qu'en la sagesse de ses choix et je suis plus qu'heureux d'apporter ma petite pierre au splendide édifice qu'est la formation des serviteurs de l'état.

Mais je préfère laisser là mes vantardises pour vous proposer de lire un extrait de mon texte. Vous pourrez ainsi juger par vous même de sa valeur réelle. Même si je crois les mots-valises que j'ai forgés assez parlants, j'indique tout de même ici qu'ils ont tous la même formation : un préfixe, COUT (débit) ou VAL (crédit) et un suffixe constitué des trois lettres (ou quatre pour éviter des confusions) formant le début d'un autre mot. Ainsi, VALAMO désigne un crédit amoureux tandis que COUTAMO désigne un débit amoureux. Ajoutons tout de même qu'une appellation souvent utilisée dans mon ouvrage, la VALSYM, n'a rien a voir avec la sympathie et tout avec les symboles : que l'on songe un peu à la fameuse mais à présent sulfureuse notion de « trophy wife ». Elle est le témoignage concret de la VALPRE puisqu'elle peut être l'objet d'un commerce, ce qui n'est pas le cas du prestige : une agence spécialisée peut vous aider à en gagner mais personne ne peut vous le vendre.


« (…) Le lecteur attentif et besogneux dispose à présent d'un ensemble d'items chiffrés dont la valeur va de 1 à 100 qu'il va pouvoir manier en suivant les formules indiquées ci-dessous afin de mieux comprendre ses propres choix et d'améliorer ses prises de décisions. Ils sont exprimés en dollars ($) pour une raison simple : c'est la seule valeur qui fasse l'unanimité de l'humanité car elle symbolise l'ensemble de ses aspirations.

Des collègues m'ayant reproché de n'avoir recours dans mes formules qu'aux deux opérations les plus élémentaires, l'addition et la soustraction, je tiens à dire pour ma défense que nous fonctionnons tous d'une manière beaucoup plus simple que les gens aiment le croire : mon but étant de montrer au lecteur la vérité par delà tout le verbiage dont on l'enveloppe en général, je n'ai pas ressenti le besoin de la noyer dans un océan de complexité aussi vaine qu'ennuyeuse.

Ainsi, j'ai abandonné mes amis de jeunesse parce qu'ils avaient perdu leur VALATT. Pourquoi cela ? Ils représentaient un COUTECO et un COUTTEM importants sans pour autant avoir assez de VALPRE ou de VALSYM pour justifier l'investissement. L’addition, la soustraction et la comparaison des résultats suffisent à expliquer mon choix, qui fut sage même s'il fut inconscient, tout comme le fut celui qu'ils firent en me désertant.

J'aime ma femme en raison de sa VALECO et cet amour est payé de retour parce que je représente pour elle une VALSEC importante. J'aime mes enfants en raison de leur VALSYM et de leur VALSEN. C'est encore une fois surtout en raison de ma VALSEC qu'ils m'aiment aussi, même si ma VALECO n'est pas négligeable, y compris par rapport à celle de ma femme.

Je pense que ces exemples suffisent pour montrer à mon lecteur la valeur de cette approche méthodique. S'il se demande pourquoi les notions les plus subjectives comme la VALSEN ou la VALAMO interviennent si peu dans la plupart des calculs, je le prie de se souvenir de la règle des 3 items qui sert ici de rasoir d'Occam : on ne retient que les trois les plus pertinents. Une réflexion attentive conduit bien souvent à s'apercevoir que l'attitude, les actions et les pensées d'une personne ne dépendent pas de ses émotions ou de ses sentiments ; c'est en fait l'inverse qui est vrai. Nous nous attachons à ce qui nous apporte des bienfaits réels ou supposés, tout simplement, puis nous affichons aux yeux des autres comme aux nôtres les sentiments convenant à la posture que nous avons adoptée.

Ainsi, bien que n'étant pas intéressé par l'aspect physique des hommes, ils m'attireraient et je coucherais avec eux si cela pouvait m'apporter quelque chose d'important à mes yeux ; je serais alors prêt à jurer mordicus que je les aime tout en le croyant moi-même. Les gens n'ont pas une vocation en fonction de leurs mœurs mais adoptent des mœurs en fonction d'un but jugé valorisant. Goûts artistiques, opinions politiques, désirs amoureux, croyances religieuses, tout cela est tout un et n'a pas la moindre valeur pour l'être humain. Il ne s'y attache que parce qu'il croit pouvoir en tirer un bénéfice quelconque. Un professeur de droite n'est pas plus de droite qu'un professeur de gauche n'est de gauche : l'un mime la respectabilité tandis que l'autre mime la générosité, chacun prétendant avoir opéré un choix en fonction des ses opinions et de sa sensibilité personnelles alors qu'il a adopté lesdites opinions et sensibilité pour s'assurer ce qu'il croit être une place au soleil. »


Contes (table des matières)

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jeudi 10 novembre 2022

DAFB 10 - Le poète ivre de lune


Discours et anecdotes de la forêt des bambous plus hauts que les montagnes mais moins vastes que le ciel

Le poète ivre de lune


Ce soir là, alors que je revenais de l'audition d'un sermon prononcé par le maître de guerre à l'occasion d'une assemblée villageoise, mes pas me conduisirent vers l'aval de la petite rivière qui passait près de ma hutte pour aller rejoindre un lac magnifique situé à quelques lieues de mon domicile du moment.

J'entendais de plus en plus clairement un chanteur dont la voix très juste me paraissait pourtant gâtée par le vin, comme en témoignaient son exubérance maladive et ses soudaines sautes d'humeur. L'air m'était connu puisque les poètes du cru, tout comme ceux de mon pays, avaient pour habitude d'utiliser la musique de chansons célèbres et d'en modifier les paroles. Celle-ci était une chanson d'amour un peu mièvre dans laquelle alternaient des passages gais et d'autres très tristes auxquels la voix entraînée de l'artiste donnait une tournure presque tragique. Il butait pourtant sans cesse sur quelques vers, testant tour à tour des variantes plus ou moins à son goût.

Enfin, je vis sa silhouette se détacher dans la clarté de la lune à quelques dizaines de mètres de moi. Comme il n'avait pas remarqué ma présence, je m'assis à même le sol tandis qu'il buvait une rasade de ce que je pensais être un vin quelconque, se gargarisant puis recrachant le tout afin sans doute de s'éclaircir une gorge chargée d'alcool. Assis seul sous la lune, le regard perdu dans le courant de la rivière que l'on voyait à peine, l'homme éveillait en moi un sentiment de peine mêlée d'angoisse, comme s'il avait manifesté à lui tout seul l'épouvantable tragédie qu'est trop souvent l'existence humaine.

Il se leva de la pierre sur laquelle il était assis, écarta doucement les bras comme pour libérer sa poitrine et chanta. Je t'offre ici, lecteur, ma pauvre traduction d'un texte sans doute bien plus brillant dans sa langue d'origine puisque, comme je l'appris par la suite, cet homme avait été un poète lyrique fort connu à la cour avant de se retirer dans cette vaste forêt qui était devenue mon propre domicile. J'ajoute tout de même que certains vers étaient écrits dans un langage des plus vulgaires, même dans sa propre langue :


    Tous les chemins mènent au mur
    Qu'un patriarche contempla
    Durant quelques années oiseuses.

    Comme il devait être bien mûr
    Pour perdre du temps à cela,
    Même durant des heures creuses !

    Qui pourra dire ce qu'il vit
    Ou même ce qu'il ne vit pas ?
    Oh non mon gars certes pas moi !

    Je préfère la belle vie
    À mettre mes pas dans ses pas :
    C'est le plaisir qui fait ma joie.

    À nous les humbles casaniers,
    Les éveillés ont fait du tort ;
    Qui se soucie de vérité ?

    Mieux vaut pourrir dans ce merdier
    Que de faire le moindre effort :
    Pourquoi tenter de méditer ?

    Mieux vaut la vie où l'on s'attarde
    À fredonner ces quelques vers
    Avant de cuver à la dure !

    À lézarder dans les lézardes
    D'un mur de pierre ajouré d'air
    Le fruit trouvé est par trop sur.

    Mieux vaut garder ses espérances
    Et attendre tout de demain
    Tout en haïssant aujourd'hui !

    Lorsque nous sentirons le rance
    Et qu'il faudra passer la main,
    Nous pleurerons les jours enfuis.


                J'ai pris la plume pour raconter ce que cet homme m'a dit et je m'aperçois à présent que je ne le peux pas. Je vais sortir, marcher un peu et prier pour lui.


D A F B (table des matières)

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mercredi 26 octobre 2022

43, Avenue du Ciel

 On ira tous au Golgotha

(Le chant du crucifiement)



Refrain :

Aussi vrai que la terre est ronde,
Tout n'est que miracle en ce monde ;
C'est même miracle à tout prendre
Que vous soyez là pour l'entendre.
Rien ne concourt à notre vie
Qu'un peu d'amour et de folie
Et pourtant tout va vers demain :
Même les morts sont en chemin.



Premier couplet :

Quand on vous a fait naître ici,
Tout devait se passer ainsi :
Une enfance où rien ne vous presse
Dans un monde empli de tendresse,
Un peu d'ennuis et de problèmes
En menant la vie de bohème ;
Il faut bien quelques contretemps
On n'a pas tous les jours vingt ans !
Mais lorsque l'école est finie,
La vie s'étend à l'infini ;
Quand vient le moment de choisir
Vous pouvez vous faire plaisir.
Il va falloir vous installer,
Ça vaut bien quelques pis-aller ;
Il faut aussi fonder un couple
Et pour cela se montrer souple
Et puis prendre des décisions
En résistant à la pression
Si on veut la vie programmée
Entouré d'êtres bien aimés.


Refrain

Second couplet :

Alors on vous dit « C'est la crise !
Désolé il y a eu méprise.
Vos avis vont dans vos mouchoirs,
Prenez ce qui va vous échoir ;
Pour vivre votre vie rêvée
Regardez les célébrités
Mais vous vous n'êtes qu'un péon,
Désolé vous n'êtes personne :
Vous vous battrez pour votre pain
Que nous vous volerons demain. »
« Enfin c'est bien joli tout ça,
Mais ai-je fait tout ça pour ça ?
Il aurait fallu naître ailleurs,
Ici c'est cuit, j'en ai bien peur.
Après tout, il faut ce qu'il faut,
Aucune vie n'est sans défaut. »
« Vous allez bien vous en sortir,
D'autres que vous ont vu bien pire !
Allez, mon gamin, au travail !
Il n'y a que cela qui vaille. »


Refrain

Troisième couplet :

À peine installé votre toit
Est démonté pour le charroi
Et c'est ainsi que votre vie
Est chamboulée sans préavis.
Chacun prépare ses bagages
Tandis qu'arrivent les nuages
Et tout s'en va cahin-caha
Dans un énorme brouhaha.
Quelques chauffards roulent sur vous
Et vous écrasent dans la boue
Et ceux devant vous contourner
Vous maudissent tous d'être né
Puis continuent l'instant d'après
Sans même marquer un arrêt.
Négligeant toutes vos douleurs
Vous n'écoutez que votre peur,
Peur d'être seul et même pire,
Peur de s'asseoir et de mourir :
Vous les suivez vaille que vaille,
Il faut bien vivre où que l'on aille !


Refrain

Quatrième couplet :

Peu importe que l'on y croie,
Chacun de nous aura sa croix
Là tout en haut du Golgotha
Pour y apprendre sur le tas
La valeur de ses illusions
Au cours de sa crucifixion :
Pourquoi nous sommes-nous voués
À tous nous y entreclouer ?
C'est qu'il faut bien que l'on s'occupe
Pour ne pas voir que l'on est dupe ;
Chacun s'invente des passions
Et oublie sa propre passion
Mais au pied des bois de justice
Assemblés avec nos complices
Sera-t-il bien temps de prier
Pour que nous soyons épargnés,
Nous qui crucifions le Sauveur
En chaque enfant qui naît puis meurt ?
Non, il sera temps de mourir
Mais avant cela de souffrir.


Refrain

Final en forme d'épilogue :

Aussi vrai que la terre est ronde,
Tout n'est que miracle en ce monde !
Qu'un tel chaos puisse exister
Et qu'il puisse aussi subsister,
N'est-ce pas là une merveille
Impossible à l'état de veille ?
Rien ne concourt à notre vie
Qu'un peu d'amour et de folie,
Tout l'univers veut nous tuer
Tandis qu'un seul veut nous sauver
Et pourtant tout va vers demain :
Même les morts sont en chemin.

L'Avenue du Ciel (table des matières)

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dimanche 9 octobre 2022

Boisson d'ilote


Dans le courant du caniveau
Un poisson passe
Portant dans ses bras un trumeau
Qui le dépasse.

Oh, que j'ai peur de ce plumeau
À l'âpre face
Amidonné des oripeaux
D'une limace !

Va-t-il appeler son appeau
Pour qu'il m'efface ?
Ou bien me placer en dépôt
Par trop fugace ?

Je trouverai le chalumeau
De cette tasse
Et nous irons dans les flûtiaux
Qui s'entrelacent.