vendredi 8 mars 2024

L'air du temps (Mars 2024)


Je vois la nuit venir
et le ciel s’alourdir,
plein d’éclairs de chaleur
aux étranges couleurs
et le sol concassé
sous le poids de nos pieds
s’ouvrir en craquelures
aux dents aiguës et dures ;
j’entends des roulements
dans tout le firmament,
des trompettes austères
qui réveillent la terre,
de grand chœurs angéliques
entonnant des cantiques
et des mugissements
à la croisée des vents
mais je monte le son
de la télévision
pour suivre le débat
sur les pets de nos chats.

mardi 5 mars 2024

De l'amour universel

 

Par une de ces bizarreries dont la vie a le secret, il se trouve qu’il est à la fois plus facile et moins douloureux de souffrir d’amour universel que d’amour personnel.

Qui aime universellement peut en effet caracoler où bon lui semble et faire ce qui lui plaît. Puisqu’il aime tout le monde, le moindre signe d’attention envers un individu deviendrait instantanément un horrible favoritisme : lutter pour aider une personne, c’est négliger le fait que l’on a un monde à sauver.

Il n’en va pas tout à fait de même pour qui aime personnellement. Lui avance comme au milieu d’un marécage, constamment empêché par l’idée d’aider un autre, de contribuer à son bonheur ou tout simplement de ne pas lui nuire. Malheur à lui s’il aime individuellement plusieurs personnes !

Il faut ici se souvenir que Dieu est mort comme un esclave parce qu’il aimait chacun d’entre nous et non pas nous tous à la fois. S’il avait pratiqué l’amour universel, il aurait sans doute fait de la politique et serait devenu un riche notable aimé et apprécié de tous.


Table des contre-essais

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vendredi 16 février 2024

Résurrection

 

Toi qui gémis dans les débris de l’existence
et te souviens du Bon Pasteur qui te guidait
mais que tu as abandonné pour les attraits
d’un grand ravin au gouffre amer qui t’attirait,
renonce à tes désirs, laisse-là ton errance :
cet appel dans la nuit, c’est Sa voix qui te guide
vers un lieu de repos loin du monde et du vide,
loin du mort que tu es quand tu gis impavide.

Prends ta foi dans tes bras et montre la à Dieu,
dis ta peine au Seigneur que tu as ignoré,
tes remords au Sauveur que tu as torturé
et espère en l’Esprit qui saura t’exaucer ;
offre ta foi à ton Seigneur et supplie-le
dans Sa bonté de t’accorder part à la vie,
espère un peu, aime beaucoup et surtout prie,
dis ton regret de n’avoir pas vécu pour Lui.

La fillette n’est pas morte, mais elle dort ;
elle s’éveille et te sourit dans sa gaieté,
elle se lève et vient vers toi te consoler,
elle te sert entre ses bras pour murmurer
les mots d’amour qui signifient ton heureux sort ;
elle te dit mon cher papa réjouis ton cœur
car il y a place pour toi en la demeure :
viens y danser, je t’y attends avec mes sœurs.


Notes :

- Une lectrice devra dire « chère maman » au lieu de « mon cher papa ».

- Il ne faut pas marquer de césure à l’hémistiche, inexistant ou inutile ici : le rythme n’est pas fondé sur des moitiés mais sur des tiers et des quarts de vers.

- Le poème a été inspiré par une lecture sans doute très personnelle de l’Évangile selon saint Matthieu (9 ; 18 à 26).


Poésies diverses (table des matières)

Sommaire général

jeudi 25 janvier 2024

A une Chaldéenne


Baruch est sourcilleux et veut te fustiger
Mais Dieu sait que tu vis et que tu veux aimer.



Ainsi que le faisaient les dames
Dans l’antique Babylonie,
Tu t’abandonnes à la vie
Parmi les trilles et les brames.

Sur un chemin, dans la campagne,
Ou sur un sentier de forêt,
Tu vêts un collier de genêts
Tandis que le désir te gagne.

Les hanches ceintes d’une corde
Que ta main voudrait dénouer,
Tu danses parmi les halliers
Souriant à ceux qui t’abordent ;

Parmi eux tu cherches le roi
Qui saura dénouer ton cœur
Et en vainquant ses propres peurs
Fera battre la vie en toi.

Jusqu’à son arrivée tu danses
Dans la beauté du jour naissant
Tandis que monte dans le vent
Le parfum des fleurs qui t’encense.

mardi 16 janvier 2024

Du massacre des Innocents

 

    Quelques temps après son entrevue avec les mages suivie de son échec à retrouver l’Enfant, le roi Hérode réunit un conseil de défense dont les débats restent secrets. Lorsqu’il en sort, il paraît devant ses sujets, la mine sombre, portant sur ses nobles traits la trace de ses larmes. Inquiet, son peuple l’interroge sur la cause de ses tourments. Il leur rappelle alors la visite des mages venus d’orient et leur apprend qu’il les a rencontrés secrètement un peu plus tard, puis il leur dit ceci :


Le roi :
Voici, mes chers amis, ce que m’ont dit les mages ;
Laissez-moi répéter les avis de ces sages.
Le démon Kikimou, être de perversion,
Est sorti du désert accomplir sa mission :
Privant l’humanité de ses menus plaisirs,
Il la soumet sans frein aux affres du désir,
Mais ne prenez pas peur, car il ne vous tue pas ;
Il ne fait que brûler vos plaisirs et vos joies.
Il change le vagin en hangar insensible
Et le sexe de l’homme en vermisseau risible.
Vous errerez sans but, mais vous serez vivants,
Sans joie et sans plaisir vous ferez des enfants.
Ainsi donc, mes amis, vous voila prévenus.
Pour moi, je vais pleurer vos jouissances perdues.

Le peuple :
Avant de nous quitter, dites-nous, majesté,
S’il existe un moyen d’éviter ce péril.

Le roi :
ô, mes amis, pitié ! Laissez-moi m’en aller !
Le moyen est affreux car le piège est subtil.

Le peuple :
Nous ne le pouvons pas ! Vous êtes sans espoir !
Nous avons peur pour vous, dites ce qui vous ronge.

Le roi :
Que ce démon est laid ! Que son dessein est noir !
Mon Dieu, que j’aimerais que ceci soit un songe !
Laissez-moi, mes enfants, porter seul mon tourment,
Et vous, mes chers sujets, allez dormir en paix.

Le peuple :
Comment dormir en paix, quand vous êtes souffrant ?
Révélez votre mal, partagez votre faix.

Le roi :
Vous allez regretter de m’y avoir forcé
Et je regretterai de m’être ainsi confié,
Mais nous sommes amis et je ne tairai pas
L’atroce vérité à qui dépend de moi.
Le démon Kikimou a pris corps parmi nous ;
Je sais qu’il est ici, mais la question est où ?
Il est dans un enfant de tout au plus deux ans…
Le monstre s’est terré au cœur d’un innocent !
Pour trouver le démon, trouvez son réceptacle,
Mais il faut pour cela rien de moins qu’un miracle !
Nous l’avons recherché dans toute la Judée
Mais l’être répugnant nous est resté caché.
Il restait un moyen, mais en était-ce un ?
Tuer tous les bébés pour accomplir nos fins ?
Il fallait un héros au bien sombre courage
Pour arracher le cœur d’un enfant en bas âge
Mais nous parlons ici de milliers de bébés,
De tous les nouveaux nés qui vivent en Judée !
Lorsque Dieu a voulu que mon peuple me sacre,
Il ne m’a pas choisi pour commettre un massacre.
Ce qui me ronge, amis, c’est que je suis coupable !
Mon devoir envers vous, voila ce qui m’accable.
Pour sauver vos plaisirs, je dois tous les tuer
Mais ce sont mes sujets et je dois les sauver !
Ce dilemme tragique est sans solution ;
Je ne puis en trouver, moi l’homme d’action.
Je suis paralysé par mon propre devoir.
Laissez-moi m’en aller. Mon cas est sans espoir.

Le peuple :
Vous êtes notre roi, bien digne de l’amour
Que nous vous vouons tous, et cela pour toujours !
Votre devoir est clair, tout comme l’est le nôtre ;
Nous saurons vous montrer combien nous sommes vôtre.
Ce crime abominable est certes repoussant
Mais sauver notre roi est un motif puissant.
Allez vous coucher, sire, et faites-nous confiance :
Votre peuple se lève et prend votre défense.



Note : Je ne suis peut-être pas l’inventeur du nom « Kikimou ». Si c’est toi, M.A., qui as créé cette blague, j’espère que l’usage que j’en ai fait te satisfait.



Postface :

    Ces dernières semaines, en écoutant les éditoriaux de l’antipresse sur YouTube, j’ai entendu son rédacteur en chef, Slobodan Despot, déclarer plusieurs fois que les chercheurs modernes doutaient de la véracité du massacre des innocents. Or, nous savons tous que la particularité des récits du Nouveau Testament est qu'ils sont plus vrais que la réalité. Par conséquent, je me suis demandé comment le roi Hérode était parvenu à cacher son crime et à faire taire les témoins. Vous venez de lire ma réponse à ces questions.


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samedi 30 décembre 2023

L'air du temps (Décembre 2023)


Un oiseau s’est baigné
dedans le bénitier.
Ce n’était qu’un pigeon
au plumage mignon.
Il s’est désaltéré
et puis il a croassé !
Juste après il a chu
et de noir s’est vêtu.
Le pape l’a saisi
dans un pli de surplis
et puis il l’a plumé
avant de le manger
mais un prêtre vaillant
s’est levé en criant :
« Vade retro Satan,
remets-nous cet enfant ! »
et le pape a vomi
un petit pigeon gris.

Moralité :

Il faut de la prudence
en ces temps de démence
où seuls les plus petits
veillent sur les petits.
Les princes et les rois
ont le même régime :
leur mets de choix, c’est toi,
avec ton âme en prime.

dimanche 24 décembre 2023

Le tombeau des vivants


J’allume une chandelle et la pose sous l’ombre
D’un très vieux crucifix émergeant des décombres ;
Cette seule clarté change la nuit en havre,
Comme un lieu de repos au milieu des cadavres.
Partout gisent des gens saisis dans leurs routines,
Ceux-ci dans le salon, ceux-là dans la cuisine.

Ceux que vous voyez là s’en allaient au travail,
Ces autres revenaient de caravansérails.
Ils viennent de trouver le temps de vivre enfin
Car la mort est venue mettre fin à leurs faims.
Ne remarquez-vous pas qu’ils ont l’air plus vivants
Que lorsqu’ils se vautraient, chacun sur son divan ?

Prenez-donc ces deux-là : comme on dirait qu’ils s’aiment !
Plus de chamailleries, juste un enlacement,
Un geste qui dit tout après un long tourment…
Les mots sont des poisons que leurs caprices sèment,
Souillant toute leur vie pour en faire un enfer
Mais c’est au paradis que la mort les défère.

En les voyant ainsi, je crois que je comprends,
Et puis à mon réveil le cauchemar reprend.
Ô Dieu, que j’aimerais chanter votre naissance
Plutôt que mon errance en tous ces lieux d’aisance
Que l’on nomme les jours mais qui ne sont que nuits
Où la vie est absente et dont l’amour s’enfuit.

C’est Noël !
Cessez de dormir !
C’est Noël !
Cessez de courir !
C’est Noël !
Laissez la vie fleurir.
C'est Noël !
Voyez la mort mourir.