mardi 26 septembre 2023

Du dieu des modernes

 

Durant le dernier tiers du vingtième siècle, l'occident découvrit qu'il avait envie de s'abandonner impunément à ses désirs, même les plus pervers, et que par conséquent son Dieu ne faisait plus l'affaire. Bien sûr, il était bon mais il était aussi Seigneur des armées et Dieu de l'orage, et son fils était venu apporter la guerre et le pardon des péchés à ceux qui se repentent. Or, les modernes voulaient un monde sans péché qui leur épargnât ainsi de contempler les leurs.

Ils en firent donc un que nous nommerons Bouboule parce qu'il est tout lisse, tout doux, tout mou. Bouboule est le dieu des bisous, des mamours et des poutous. Bouboule ne condamne pas l'homicide : il dit qu'il faut être gentil et que tout ira bien ; Bouboule ne dit pas à la femme adultère de ne plus pécher : il lui conseille d'utiliser un préservatif. Bouboule n'ordonne rien, ne condamne rien et ne punit jamais car Bouboule est gentil et pardonne tout.

Bouboule n'est pas masculin parce qu'un homme peut être dur, rugueux et plein d'aspérités. Bouboule n'est pas féminin parce qu'une femme peut être dure, rugueuse et pleine d'aspérités. Non, Bouboule est un être transgénique, bio et scientifiquement certifié sans danger.

Bouboule est en solde au grand magasin des divinités. Courez l'acheter.


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samedi 16 septembre 2023

Prières nocturnes


Parfois, je demande à la nuit
de s'en venir et de me prendre
à cette horreur que la vie fuit,
de m'emmener me faire pendre
ailleurs, bien loin de ce enfer.

Parfois, je dis dans mes prières :
« Mon doux Seigneur, je t'en supplie,
tue-moi. Je vomis cette terre
où seul le mal est accompli :
débarrasse-la d'un pécheur. »

Lorsque viendra ma dernière heure,
je sais que je geindrai pourtant
pour rester dans cette demeure
au delà de la fin des temps.
Que voulez-vous ? Je suis humain

vain du début jusqu'à la fin
de mon destin bien anodin.

mardi 5 septembre 2023

Théophanies


Gloire au lapin, Seigneur, qui porte dans son cœur
La clarté consacrée née de ta volonté ;
Gloire au faucon, Seigneur, qui porte dans son cœur
La clarté consacrée née de ta volonté.

Gloire à tous les vivants qui sont nés de par toi
Car en tout ce qui meurt est l'écho de ta voix :
Le lapin dévoré retourne à l'univers
Mais sa douce clarté s'en revient vers le Père.

Tu as voulu, Seigneur, un cosmos autophage
Qui en se dévorant perdure d'âge en âge,
Tu as voulu la vie dans toute sa beauté
Et chaque être a sa place au creux de ta bonté.

Puissions-nous nous aimer et voir la vérité
De ta propre splendeur illuminant nos êtres,
Puissions-nous distinguer au travers du paraître
Le reflet de ta gloire en notre humanité.

jeudi 31 août 2023

Mesure sociale


                 Il était une fois, dans un pays joyeux, un peuple très heureux car ses maîtres étaient bons. Jour après jour, les esclaves œuvraient dans les champs à faire pousser une plante nommée « liberté ». Une fois récoltée, elle était emballée sous vide avant d'être entreposée dans les hangars des maîtres, prête pour l'expédition.

Nul n'était malheureux dans ce doux pays car tous y étaient égaux : on ne comptait que des esclaves parmi la valetaille. Les plus méritants d'entre eux se voyaient attribuer des rations particulières et des signes distinctifs puis devenaient contremaîtres, chargés de surveiller le travail des autres esclaves.


S'il existait un problème dans ce beau pays, c'était celui des chaînes. Chacun se plaignait de ses poignets ou de ses chevilles blessés et on ne comptait plus les chiffons distribués par les contremaîtres médicaux aux esclaves presque estropiés par l'étendue et la gravité de leurs plaies. Or, les chiffons coûtaient très cher aux maîtres et les moins riches d'entre eux avaient déjà dû rogner sur quelques menus plaisirs.

Un peu ennuyés, les maîtres constituèrent une équipe d'esclaves scientifiques pour résoudre ce problème et augmentèrent leurs rations afin de les stimuler. Après bien des calculs et force conciliabules, l'équipe rédigea toute une série de rapports démontrant que c'étaient les angles des menottes qui blessaient les esclaves, et qu'il fallait donc leur faire porter des bracelets ronds.

Ce fut au tour des esclaves techniciens d'entrer dans la danse. Ils créèrent des moules pour les nouveaux anneaux, rendant ainsi des centaines d'esclaves forgerons disponibles pour le travail des champs. En effet, quel besoin aurait-on eu de tels spécialistes suralimentés alors que n'importe quel imbécile pouvait travailler dans les usines de fabrication d'anneaux, et cela pour presque rien ?

Satisfaits de ce résultat, les propriétaires firent ériger par le plus célèbre des esclaves artistes une statue des scientifiques prosternés au pied de leurs maîtres afin de les honorer. Ils retournèrent alors vaquer à leurs loisirs bien mérités après tant de travail accompli.

Ce fut ainsi, mes chers amis, que notre pays devint encore plus heureux qu'il ne l'était auparavant. Bénissons nos maîtres, car ils sont justes et bons.


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mardi 1 août 2023

L'aurore aux sabots de rose


La biche de l'aurore a pointé son museau
Là-bas très loin à l'est, juste entre les feuillages
Et puis un peu plus près, entre ces deux nuages
Comme elle franchissait la mer comme un ruisseau ;

Ses tout petits sabots, en effleurant les eaux,
Y traçaient de grands arcs qui rejoignaient le ciel
Et les fleurs s'entrouvraient dans un parfum de miel
À la vue de son corps courbé comme un roseau,

Et elle a lapé là, oui, là, tout près de moi
Tout le sel que mes pleurs y avaient répandu
Et elle a retrouvé mon sourire perdu
En rendant à mon cœur et la joie et la foi.

Note : Dans la présentation du psaume 22, on peut lire ces mots : Sur « la biche de l'aurore ». C'est ce titre qui est à l'origine du poème qui précède.


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samedi 29 juillet 2023

De nocte


Du désespoir, je crie vers toi, Seigneur !
Mon Dieu, sois sensible à ma voix,
Fais que mon cri trouve sa voie
Jusqu'au lieu où trône la loi.

Mes manquements, tu les as vus, Seigneur,
Et je connais mon démérite :
Bien souvent mon âme t'évite
Pour ne pas voir qu'elle est perdue ;

Et pourtant j'espère en ta loi, Seigneur,
Et je n'attends que sa parole
Pour que cesse le Grand-Guignol
Où mes semblables se dévoient :
Montre-nous ce qu'est la justice
Quitte à m'envoyer au supplice.

Comme une fleur qui s'ouvre au jour, Seigneur,
Mon âme s'ouvre à l'espérance
De voir s'achever notre errance
Dans la clarté de ton amour.



Note : Ce poème est inspiré d'une traduction du Psaume 130, le fameux De Profundis, trouvée dans la Bible de Jérusalem (CERF, 2011).

Maxime prudente

 

Demander à Dieu de nous délivrer de nos ennemis ne revient-il pas bien souvent à supplier le Seigneur de nous annihiler ?


Maximes et autres moralités

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