En vous méprisant, vous affirmez au Christ qu’il est mort pour rien.
En vous glorifiant, vous crachez sur les dons du Saint-Esprit.
En croyant vous voir avec justice, vous dites à Dieu : « Je suis Dieu. »
Que faites-vous ?
En vous méprisant, vous affirmez au Christ qu’il est mort pour rien.
En vous glorifiant, vous crachez sur les dons du Saint-Esprit.
En croyant vous voir avec justice, vous dites à Dieu : « Je suis Dieu. »
Que faites-vous ?
La forme de ton doigt est là, sur ce miroir, me laissant en proie à un débat intérieur. Si je l’embrasse, ou même si je l’effleure, je la déforme. Si je ne la touche pas, je reste la proie de ma faim de toi. Si je la couvre d’un film, je puis embrasser son image, effleurer sa vision, mais je ne puis toucher l’endroit que tu as touché pour le devenir, pour être le miroir de ta beauté. Ainsi, en inventant un moyen de me sentir proche de toi, je m’éloigne de ta réalité pour me noyer dans mon illusion ou, pire, dans son souvenir.
C’est alors que vient l’heure du choix : consumer ton souvenir dans l’acte ou figer l’instant dans la vanité du temps. Alors j’avance mes lèvres et sous elles naît ton doigt, et dans le miroir ton image, et en moi sa lumière et dans la chaleur de ton doigt mes lèvres deviennent part de toi et mon corps l’image de ta beauté. Tout vêtu de toi, je me drape dans l’instant et souris au monde, vivant moment de ton amour.
Poèmes en prose (table des matières)
Rejoins-moi, mon ami, en ce doux paradis
Où le ver ne meurt pas, où la flamme perdure,
Où l’œdème s’accroît et où la plaie suppure,
Où dansent les démons et pleurent les maudits.
Suis le son de ma voix qui te guide vers nous,
Rejoins notre quadrille et prends part à la danse,
Gorge-toi des petits, fais-t-en péter la panse
Et piétine l’enfant qui supplie à genoux.
Viens-t-en voler la veuve, accabler l’orphelin,
Fais pour eux de la mort un espoir et un rêve,
Et pour les guider là, emploie contre eux sans trêve
Cette arme qu’est ta voix, ce burin qu’est ta main.
Affiche ta beauté, fais régner ta grandeur !
Pour prouver ta valeur et gagner notre estime,
Fais rêver tous les gueux et pousse-les au crime :
Pour combler tes désirs, il répandront la peur.
La souffrance du pauvre est le grand escalier
Qui mène à mon palais où règnent les délices
Des élus de mon chœur qui satisfont leurs vices
En usant du prochain comme d’un marchepied.
Poésies diverses (table des matières)
Si j’existe par le regard de l’autre
Et que l’autre ne me regarde pas,
Alors je n’existe pas plus que l’autre :
N’étant pas, je ne le regarde pas.
Ce non-regard le rend inexistant ;
Il s’ensuit qu’il ne peut plus me nier.
Puis-je alors être à nouveau existant
Et, irrité, prêt à le renier ?
Pour cela, il faudrait que je sois
Sans être vu de qui que ce soit
Si l’on excepte, bien sûr, moi-même
Qui serait donc un autre moi-même,
Et, pour se savoir autre, il faut de la quiétude
Car ce fait n’est perçu que dans la solitude ;
Un homme en société ne se regarde pas
Et ignore l’ennemi qui vit dans ses pas,
D’où je conclus que pour être vraiment,
Il faut d’abord savoir que l’on se ment.
Note : J’étais en train de lire L’obsolescence de l’homme de Günther Anders quand, Dieu sait pourquoi, une citation de Berkeley dans une note de bas de page a réveillé ma fantaisie ludique. Vous venez de lire l’étrange résultat de cette insomnie.
Poésies diverses (table des matières)
En pêchant un hibou,
J’ai trouvé une brème
Que j’ai faite à la crème
Avec un peu de chou.
En tondant un genou,
J’ai cueilli un rosier
Que je porte en collier
En guise de bijou.
En trayant un caillou,
J’ai récolté du lait,
Du bon lait javanais
Issu des meilleurs poux.
Poésies diverses (table des matières)
Pour sortir de la foule, il faut bien du courage,
Mais c’est une folie que d’être soi vraiment ;
C’est à sa soumission qu’on reconnaît un sage
Et à sa lâcheté un bon gouvernement.
Dès l’installation des premiers péages sur les diverses autoroutes menant aux enfers, un concert de protestations s’est élevé, et il n’a pas cessé d’enfler depuis.
« C’est un scandale ! », ont dit les bonnes gens.
Ah oui ?
« Avant, c’était gratuit. Pourquoi devrais-je payer pour une damnation que nos ancêtres avaient pour rien ? »
Mais parce qu’il leur en coûtait, de se damner, pardi ! L’ivrogne devait se priver de nourriture pour acheter son poison ; l’usurier était maudit par l’Église et voyait souvent les dettes remises par décision royale ; les canailles risquaient des peines dont le seul récit vous empêcherait de dormir.
« Bon, je vous l’accorde, mais c’est de plus en plus cher ! Il faut payer des abonnements pour ceci et pour cela et puis d’autres pour se protéger, et encore d’autres pour parer aux risques encourus ! Tant de frais, voilà encore un scandale ! »
Mais enfin, soyons un peu sérieux ! Pourquoi voudriez-vous que les déjà damnés y soient de leur poche alors que vous réclamez d’en être à cor et à cri ? Imaginez un peu la somme de peine, d’imagination, de travail qu’il leur a fallu réaliser pour que vous puissiez vous damner en toute quiétude et sans le moindre effort !
« Peut-être avez-vous raison, mais tout de même ! Comment vais-je pouvoir m’en sortir ? Vais-je devoir voler, trafiquer, pressurer mon prochain ou que sais-je ? »
La réponse est dans la question, ne croyez-vous pas ? En faisant tout cela, les frais de votre damnation se feront si infimes que vous ne vous apercevrez même pas que vous avez payé quoi que ce soit.
« M’en fous. Puisque c’est si cher, je ne me damnerai pas. Si le diable me veut, il n’a qu’à passer à la caisse. »
Faites-donc. Essayez de vivre dans ce monde sans lui appartenir : vous m’en direz des nouvelles.
Plus sérieusement, nous devons nous faire une raison. Que les frais de corruption des gens attirés par l’ascension du raidillon qui mène au paradis soient à la charge des enfers est une chose ; qu’il en aille de même pour les frais de ceux qui réclament la construction d’une autoroute et ne veulent faire l’ascension de la Montagne sainte que pour pouvoir la descendre tout schuss en est une autre.