vendredi 19 juillet 2024

Le chant des bas morceaux

 

Toi qui viens parmi nous en quête de la France,

Trépasse ton chemin et passe le Léthé :

Débaptisée, honnie, la France sans défense

N’est plus que du gibier pour la table apprêté.


Ses maîtres l’ont vendue contre quelques deniers

Pour aller s’amuser dans des îles lointaines

Où des marchands madrés s’en viennent par centaines

Nourrir les appétits de tous ces vains rentiers.


Ces tenues de soirée, ce bling-bling que tu vois

Ont été quelquefois des bannières de rois ;

Pour payer leurs boissons, ils ont vendu nos glaives

Et ils ont dans le nez la sève de nos rêves.


Va-t-en, nouveau venu, ne meurs pas pour ces poux

Et emporte avec toi nos sourires perdus;

Nul vivant n’a sa place en ce bal des pendus :

Poursuis donc ton chemin, et souviens-toi de nous.


Poésies diverses (table des matières)

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samedi 13 juillet 2024

71, Avenue du Ciel

 

Les gamins


En ouvrant sa fenêtre,

Dieu a vu ce matin

Des enfants sous le hêtre

Qui jouaient au médecin.

Qu’il a ri, le Seigneur !

Ah là là, les gamins…


Debout à sa fenêtre,

Dieu a vu aujourd’hui

Jouer au jeu des « peut-être »

De jeunes gens épris.

Qu’il a ri, le Seigneur !

Ah là là, les gamins…


Assis à sa fenêtre,

Dieu a vu vers midi

Un amour mort renaître

Dans un vieux couple aigri.

Qu’il a ri, le Seigneur !

Ah là là, les gamins…


En fermant sa fenêtre,

Dieu a vu dans le noir

Des époux sous le hêtre

Jouir de la paix du soir.

Qu’il a ri, le Seigneur !

Bientôt d’autres gamins...


L'Avenue du Ciel (table des matières)

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samedi 6 juillet 2024

Maxime post-mortem (3)

 

À sa mort, le néo-féministe post-moderne ne va ni en enfer, ni au paradis mais s’éveille à sa vraie vie. Il rejoint une immense, voire infinie galerie des glaces où chaque miroir, subtilement déformant, peut élargir une pommette, allonger légèrement le nez, incurver doucement la bouche, et ainsi de suite. Peut-on seulement concevoir les délices éternelles dans lesquelles il est ainsi plongé ?


Maximes et autres moralités

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Maxime post-mortem (2)

 

À sa mort, le moderne ne va pas en enfer mais il rejoint tout droit le paradis des modernes, un lieu d’absolue diversité où chacun, en permanence exposé à tous les regards, doit se comporter comme l’exige le consensus général, et cela jusque dans ses plus infimes pensées.

Toute déviation à l’encontre de l’opinion le précipite en enfer où Satan lui sert un verre en causant du temps qu’il fait. Qu’il se garde bien d’accepter ! Un échange avec le bougnat maléfique l’empêcherait de retourner s’offrir aux regards et aux jugements de la multitude.


Maximes et autres moralités

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mercredi 3 juillet 2024

De la vraie vie (version SVOD)

 

À attendre la mort, on s’use un peu les nerfs,

on se sent comme un pou sur un cul en enfer ;

rien de vraiment plaisant, ni rien de dramatique

n’émaillera jamais votre journée de tique.

On empile les jours, on cumule les nuits,

parfois on court un peu car notre vie s’enfuit,

et puis merde ! À quoi bon ? On s’assoit pour attendre

que s’arrête quelqu’un qui a un truc à vendre.

On télécharge un jeu, on active une appli :

une fois dépassé, on a bien pris le pli…

Parfois on mate un truc calibré pour nous plaire,

rangé là tout en haut, genre bien populaire ;

on se dit qu’on saura enfin de quoi parler

si un jour par hasard on passe à la télé.

Demain, c’est comme hier, juste un peu plus immonde :

c’est cela la vraie vie, à l’aune de ce monde.


Table des contre-essais

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lundi 24 juin 2024

Maxime post-mortem

 

Après leur mort, les riches et les puissants rejoignent des postes importants en enfer. Ils y obéissent à des maîtres indiciblement hautains et cruels tandis que nous continuons à leur obéir.

Quant au destin de ceux qui acceptent la pitié de Dieu, qui peut dire ce qu’être pleinement heureux veut dire ?


Maximes et autres moralités

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lundi 17 juin 2024

Noté sur mon pense-bête (3)

Avant tout, s’il se présente à ta porte un quelconque bien-disant au sourire bon-enfant, ou bien un médisant aux longs discours charmants, ou même un grand savant aux accents très tranchants, regarde-le attentivement : tu reconnaîtras bien vite en lui le marchand d’orviétan.

N’écoute pas ce que l’on dit du silence, mais le silence.

Souviens-toi que tu ne sais pas ce que tu es, sinon par ouï-dire.

Souviens-toi que tu ne sais pas d’où tu viens, sinon par ouï-dire.

Souviens-toi que tu ne sais pas où tu vas, sinon par ouï-dire.

Souviens-toi que tu ne sais pas comment on s’y rend, sinon par ouï-dire.

Ne crois pas ce que l’on sait du silence, mais le silence.

N’aie pas de nom pour ce qui vient ; ne l’appelle ni lui, ni elle, ni rien.

N’aie pas de nom pour ce que tu fais : méditation ou prière, que t’importe, en fait ?

N’aie pas de nom pour ce qui arrive, présence divine, saveur de l’autre rive.

N’écoute pas ce que tu crois du silence, mais le silence.

Surtout, s’il ne se passe rien, persévère et ne fais rien. L’absence est un bon signe, tout comme la présence. Les mauvais signes sont la routine qui t’ensable, les mots qui te viennent et t’accablent, les raisonnements que tu crois être stables. Abandonne donc la barque des mots pour plonger dans les flots et nager un peu au hasard : le silence viendra, tôt ou tard.

Post-scriptum : Dans le désespoir, dis le nom du guide de ton cœur, de celui qui peut te protéger des peurs. Si tu ne le connais pas, c’est sans doute que tu n’es pas aussi bas que tu le crois.


Voyages autour de mon lit (table des matières)